Le 21ème Siècle naissant a jeté un regard nouveau – et sans complaisance – sur les multiples inégalités de nos sociétés humaines.
Elles font aujourd’hui l’objet d’une lutte sans merci, dans de nombreux domaines : parité hommes/femmes, accès à l’éducation ou à la culture, systèmes de santé, disparités des rémunérations, etc…
On ne peut que se réjouir de ces luttes, héritées de la Révolution Française et des Lumières, qui ont abouti à des lois aujourd’hui plus contraignantes. Elles prolongent d’autres luttes anciennes, contre les discriminations (de race, de mœurs, de religion, etc…) et invoquent les grands principes d’égalité et d’universalité.
Cependant, personne ne s’occupe de la Musique, langage pourtant universel, mais totalement figé.
Le cas particulier des intervalles musicaux m’interpelle, perturbant à la fois mon désir de logique, et ma soif de justice.
La notation musicale, vieille de plus de mille ans, nous a légué sept notes connues de tous, issues vers le 8ème siècle de l’Hymne à St Jean Baptiste : UT RE MI FA SOL LA SI


Le solfège italianisant n’a changé que UT, devenu DO, le SI étant par ailleurs la signature Sancte Joannes
Depuis cette époque, la Musique est sortie des abbayes, et les instruments sont arrivés, avec leurs cordes, leurs tuyaux, leurs marteaux…et surtout
… le clavier, symbole absolu de l’inégalité des intervalles…
Regardez un clavier de piano : 7 touches blanches, mais seulement 5 touches noires…
Il y a pire : entre mi et fa, entre si et do, pas de touche noire, ce sont deux demi-tons, sujets défavorisés perdus au milieu de cinq tons : une vraie fracture sociale !
Alors, creusons un peu : ces deux pauvres demi-tons sont dus, d’après les théoriciens fondamentalistes de la religion tonale, à de prétendues attractions sur des notes sensibles ! C’est du charlatanisme !
Et pour nos cinq touches noires minoritaires, on invente la notion perverse d’altération, allusion à une certaine anormalité qui devient vite un tabou : on chante avec le nom des notes, mais on n’ose jamais chanter « dièse » ou « bémol » !
On n’a certes pas voué au bûcher les dièses et les bémols, mais on a voué à l’enfer les adeptes du Diabolus in Musica !!
Toute la musique « tonale », dont le sempiternel dorémifasollasido triomphe en ce début de 21ème siècle, est finalement basée sur une discrimination fondamentale à l’égard de nos malheureux demi-tons.
Serait-ce l’expression subtile d’un racisme déguisé ?
Ou la métaphore musicale de l’homme envers sa « moitié » aux droits souvent bafoués ? Misogynie inavouée…
J’abrège : d’autres termes, comme dominante ou sous-dominante finiront de vous en convaincre : le monde des intervalles est par essence INEGALITAIRE
Certains grands théoriciens ont bien essayé de réagir contre l’obscurantisme, et d’améliorer le sort peu enviable du peuple des demi-tons…
Apparaissent alors des systèmes totalitaires qui vous entassent 12 demi-tons par octave sans leur demander leur avis… (Bach, Schoenberg, etc…)
Quant à ce cher Debussy, qui se méfiait des théories, il invente une séduisante gamme en six tons entiers…solution radicale : les demi-tons sont exterminés… !
Ces oppressions arbitraires et successives sont certes le fruit de l’Histoire de la Musique, mais elles n’en sont pas moins discriminatoires, donc insupportables.
Elles devraient tomber sous le coup de la Loi, comme une atteinte inacceptable aux droits des minorités.
Il est temps d’agir.
Mais revenons à l’Hymne à Saint Jean-Baptiste.
Depuis Pythagore, chacune de nos sept notes a vécu des avatars incroyables. Les notes de la gamme sont toutes des personnages importants, mais nés en des siècles divers. Elles sont sept, et sept intervalles les séparent…serait-ce des tons ??
Pour parfaire la perfection du nombre 7, sacré entre tous, métal précieux insoluble à toute alliance, osons affirmer :
Tous les tons naissent libres et égaux en droits
Une nouvelle législation intervallique s’impose alors :
Depuis do-ré jusqu’à si-do, l’octave sera divisée en 7 tons égaux appelés tons heptaïques ou encore heptatons.
Ainsi le mot octave retrouvera son sens originel : la 8ème note de la gamme, qui redonne la première.
Dans ce tempérament égal à 7 sons, plus d’altérations ni de touches noires, plus de dièses, bécarres ni bémols, plus de tons ni demi-tons, plus de tierces majeures ou mineures, plus de quinte juste ou de Diabolus… nous devrons nous habituer à une égalité totale de 6 nouveaux intervalles parfaitement inconnus de nos oreilles conditionnées.
Vive la Révolution Heptatonique !
Vive la Musique !
Alain Louvier, décembre 2019
